dimanche 16 juin 2013
Cochons sympas
L'autre jour, nous avons transformé deux beaux cochons qui nous étaient très sympathiques. Bon caractère, agréable comportement, plutôt joviaux, et finalement magnifiquement conformés. Cela veut dire qu'ils avaient un beau physique en d'autres termes. Jolis jambons, rôtis splendides, pieds dignes des grandes assiettes etc... Nous avons donc joué du couteau, en pensant que ces deux cochons nous avaient fait un beau cadeau. Je pouvais vraiment être très fière, non seulement de notre travail, mais aussi du résultat de ce dernier.
Une fois au marché, les clientes et clients m'achetaient ces belles pièces de viande, et au début, je leur disais: "bon choix, et en plus, ce cochon était vraiment sympa...". Erreur erreur! fallait pas! je voyais à leur expression qu'il n'était pas de bon ton de dire cela. On ne veut pas manger un animal sympa. C'est pas bien. Moi je pensais qu'en disant cela je rendais hommage au cochon. Je lui rendais son âme. C'était une manière de rappeler son bon souvenir. Mais non. Quand on achète un rôti, on ne veut pas trop savoir qu'il y avait un cochon sympa, sinon le rôti devient amer!
A bon entendeur: je dis aujourd'hui "bon choix!" et je finis la phrase dans ma tête. Dans mon coeur, je suis heureuse de penser que ces cochons ont été élevés dignement. Ils ont échappé à la production industrielle anonyme dans laquelle le porc n'est même pas un numéro. Il ne sera jamais vu par un humain, ni considéré comme un être vivant à respecter.
vendredi 17 mai 2013
Quand on voit ce qu'on voit...
C'est drôle, je ne vois pas, justement... Ces personnes savent que nous avons passé le cap et que, depuis septembre 2012, nous sommes labellisés! Et ce, malgré les remarques (peut-être justifiées, l'avenir nous le dira) de représentants de la Chambre d'Agriculture du Cantal qui ne croyaient pas en notre aptitude à lancer une exploitation agricole en Agriculture Biologique viable. Pourtant, suite à des mesures mesurées, des calculs longs comme ça, et bien entendu des actions par rapport à notre pratique, nous avons eu la grande joie de recevoir notre Certification en Bio. Bon, cela dit, est-ce pour cette raison seulement que ces personnes nous harponnent pour dire: "quand on voit ce qui se fait en bio..."? - Notre approche et notre perception de l'élevage, nos objectifs, notre sensibilité écologique, tout indiquait que nous participerions à une agriculture autre que celle préconisée par la grande Europe. Mais nous avons dû être imaginatifs pour effectivement faire le pas. Il y a des contraintes, dont une, pas des moindre, et qui motivait certainement les remarques de ladite Chambre d'agriculture, soit la contrainte du financier. Mais je passe ce sujet, très vaste mais pas très sexy. Il y a un autre aspect qui nous a motivés pour être candidat à ce label qui fait tant parler de lui. Une conviction. Celle qui consiste à croire que fondamentalement, notre société va de travers, qu'elle marche même sur la tête. C'est plus fort que nous, et c'est une pensée profondément incrustée dans notre esprit, notre conscience, et qui nous gâche souvent notre petite vie, en quelque sorte. Car c'est lourd de garder les yeux ouverts face à certaines caractéristiques abjectes de notre race humaine. (Ce mal dont je souffre a commencé alors que je pleurais comme une madeleine en regardant un reportage TV sur un ras de marée noire quelque part sur la planète terre, avec des oiseaux embourbés dans une vase gluante et répugnante et de gentils bénévoles courageux qui tentaient de les "nettoyer" avec des résultats ma foi bien pitoyables. J'avais en arrière-plan les paroles d'une amie qui résonnaient et qui m'avait dit comment les pétroliers obtiennent leur licence, et j'ai eu les boyaux tordus depuis, à force de savoir comment on obtient le droit d'agir, mal -. Donc, nous marchons contre le courant majoritaire. En agriculture, la majorité s'inscrit encore dans le productivisme: produire plus, plus vite, et pas cher. Bon, je croche sur le terme "pas cher", mais c'est quand même la tendance. Merci les subventions. Merci les pétroliers. Petit dialogue reproduit pour vous: "dis, voisin, que mets-tu sur ton champ là bas? un produit qui rendra mes céréales plus grosses! ah? et ma paille plus dure et grande. Aah?! Je la vendrai mieux. Et, c'est quoi ce produit? (une grande machine passait, avec de looong bras de chaque côté, déversant un produit x). C'est un insecticide. Ah bon? les insecticides rendent les grains plus gros? La paille plus dure? Et... qu'est-ce qu'il y a dans ce produit? Boh, c'est important? nooon, dans le fond, non..." Et mes boyaux se sont tordus. Encore. Comme si souvent. Et j'ai pensé aux cailles et aux alouettes lulu qui nichent (nichaient) sur le terrain. J'ai pensé aux hirondelles qui commencent à manquer de nourriture. J'ai pensé aux insectes. Morts. Et j'ai été triste.
Nous avons appris ici qu'être en bio, c'est une religion. En tout cas, c'est ce que nous aurions pu déduire, quand certains interlocuteurs nous disent, avec une voix affirmative: "moi, je ne crois pas en la bio". Vous me direz, dans quel contexte? je réponds, ben aucun, vraiment aucun... enfin oui, il y a un élément déclencheur, lorsqu'on nous demande ce que nous faisons dans la vie. Du porc plein air et bio. Réponse: moi je ne crois pas au bio! ça ouvre le débat non?!! Mais pourquoi, pourquoi diable nous disent-ils cela, à nous? Et maintenant, je demande: mais c'est quoi ce qu'on voit en bio? Et si quelqu'un en bio fait une saloperie, pourquoi ne dit-on pas ce qu'il fait, et qui c'est? Et les conséquences de son acte? Pourquoi ne lui demande-t-on pas à lui de rendre des comptes? Ca veut dire quoi: Quand on voit ce qui se fait en bio? Si un gars me dit ça à moi, est-ce que je dois en déduire que je fais n'importe quoi car je suis en bio? pourrait-il s'il vous plaît étayer sa vision des choses, être un tant soit peu plus précis?
Alors j'ai quand même tenté de savoir ce qu'on lui reprochait, à ce salopard en bio. Et, bizarrement, c'était plus flou. Il a fallu insister. Et j'ai su. Et j'ai encore eu les boyaux tordus. Encore. On lui reproche à ce salopard d'être le voisin d'un mec qui asperge ses terrains avec toutes sortes de produits non-biologiques (de la chimie de synthèse). Et comme il n'y a pas de barrière anti-produits chimiques entre les deux exploitations, le mec bio, ce salaud, il vend des produits bio qui ont été aspergés aussi. C'est dingue.
Puis, puis je me suis dit: peut-être que nous dérangeons. ça demande aux non-bio de la dextérité car ils doivent du coup faire attention aux limites de leur terrain pour ne pas asperger leur voisin bio. Ce serait si simple si nous faisions comme tout le monde. Vouloir des grains plus gros comme tout le monde. Pas de coquelicot ni de bluet dans nos champs de céréales. Du propre. Comme tout le monde. Et tant pis pour les alouettes lulus.
Je finirai sur une petite note sympathique sous forme devinette; je la pompe sur une radio Suisse - que j'écoute toujours assidument - qui ponctue les suites musicales par des petites phrases assassines, dont le but est de nous faire prendre conscience de l'absurdité de notre système et que notre humanité en prend un sale coup. Donc voici la devinette: La production d'un kilo de viande de boeuf est aussi nocive pour le climat qu'un parcours en automobile de .... kilomètres. Qui dit quoi?!!
Bon vent à vous chers lecteurs
Signé: une productrice de porcs plein air ET bio, toute courbaturée à force de nager à contre courant.
samedi 12 janvier 2013
Les premiers marchés
Il y a quelques mois, j'évoquais la solitude des paysans, sans m'appesantir sur la question. C'est vrai que Nicolas et moi-même sortons de dix belles journées passées dans un brouillard à couper au couteau... à se demander si des voisins existaient vraiment. Et bien, là, on se sent en effet un peu seul. Les cochons ont beau nous confirmer leur intérêt pour la soupe, rien n'y fait. Mais ces derniers mois, et surtout avant les fêtes, nous avons découvert un nouvel aspect de la vie fermière: les marchés!! voyez comme Nicolas resplendit, à conter nos aventures auprès d'un public fort captivé...
Et moi... je joue littéralement à la star!!
Et bien oui, ces clichés ont été pris par des amis-clients qui se sont rendus à la fameuse Foire de la Châtaigne à Mourjou, le village qui héberge notre petite entreprise. Dois-je signaler qu'il s'agit de LA journée par excellence durant laquelle ce petit village de 350 habitants (+ 2, Nicolas et Véronique!!) accueille des milliers de visiteurs... autant vous dire qu'il y a du travail d'organisation. Certaines années, la commune a compté 20'000 visiteurs, une grande scène du Paléo quoi...
S'associer à la vie des marchés n'est pas anodin. Faire le pas ne s'est pas fait tout seul. Nous nous trouvons soudain face à un public, nous devenons public. Nous nous trouvons exposés. Et pas de manière anonyme. Et bien, l'air de rien, ça m'a demandé un petit effort, et recevoir un cou de pied au derrière, reçu des organisateurs de la foire de la châtaigne qui nous ont trouvé une bonne place en face de l'Eglise, alors que nous n'avions aucune intention d'y aller cette année encore, car pas prêts, pas de table, pas de parasol, etc... Toutes nos excuses ont été balayées! table et présentoire? prêté. Parasol? prêté. Une pancarte? Il y a un e-shop de photos au Casino-Géant... Bon. Alors nous nous sommes lancés. Et c'est sans regret autant le dire.
Peu après, nous avons reçu - moyennant gnagna euros - notre vitrine frigo avec laquelle nous avons pu briller au marché de Vevey deux samedis de suite, et aux marchés de Noël localement. Quoiqu'à Vevey, nous avons failli rater le rendez-vous, avec un véhicule tout terrain qui a fait grève, juste le matin du marché... La panne. Simplement. Nous en pleurions de désespoir. MAIS, mais nous avons des amis foooormidables, qui se sont décarcassés pour trouver une issue, et à la dernière seconde, nous montions notre vitrine sur cette belle place du bord du Léman, par un temps des plus cléments. Merci Sylvain, Merci Hilde. Et aussi un merci à Brigitte qui nous a aidé dans la mise en place, la décoration et la tenue du dernier marché de Noël à Cahors, préfecture du département voisin. Un joli marché de producteurs bio du Lot, et nous et nous et nous! En fait, ils nous ont fait une fleur, les producteurs bio du Lot, vu notre cantalitude, mais nous ne pouvons que les remercier de nous avoir acceptés.
Donc, voilà ce que ça donne, des professionnels du cochon plein-air en action, derrière leur stand tout neuf!!!
Bon. Fin mot de l'histoire: nous gravissons petit à petit les échelons et sommes aujourd'hui en train d'acquérir une esquisse de renommée. Mais sans l'aide, le soutien, les mots d'encouragements, les clients contents et qui reviennent, la bienveillance de tous ceux qui croient en notre projet, et bien nous ne serions pas grand chose. Vraiment. Donc fin mot de l'histoire: MERCI!
mardi 28 août 2012
Petit album de photos pour illustrer ces premiers mois de travail... Mais quelles photos choisir? non pas que je sois une assidue de la caméra, mais j'essaie tout de même de penser à l'emporter parfois, histoire de croquer ici et là des images qui me touchent. Bien entendu, lorsque Mourjou est sous la neige... je ne résiste pas: nous avons eu un joli manteau blanc, une quinzaine de jours cet hiver, avec des cochons tout étonnés en sortant de leur cabane! Puis, comme des enfants, ils se sont mis à courir et jouer. Normal quoi...
A noter, le beau modèle de cabane, en bois local, tôle récupérée. Nous travaillons donc bien nos compétences en menuiserie, afin de limiter les coûts au maximum. Et bien, laissez-moi vous dire que pour le coup, je ne pense pas trouver mieux au brico-marché...!
Et puis le printemps est arrivé, avec les oiseaux migrateurs pour le plus grand plaisir de Nicolas.(non, à gauche ce n'est pas Nicolas).
Aaaah! voici encore une source de grande fierté: nos premières portées, dont certains d'entre vous en ont entendu parler: deux fois 10 cochonnous, tout roses (un père génétiquement dominant semble-t-il... dommage!) en pleine forme et tout plein de vigueur. C'était en mai. Les agriculteurs voisins nous disaient que les truies, en première mise-bas, sont peu prolifiques... et bien, deux mois plus tard, deux autres truies nous donnaient respectivement treize et quatorze petits!!!!! L'invasion... Bon... qui dit printemps, dit foins... pour l'hiver prochain, nous assurons un apport en verdure à nos cochons... Mais nous n'avons pas pu les stocker de suite chez nous, pas eu le temps de finir notre plancher de grange. L'entre-aide reste un merveilleux atout: notre voisin est là pour nous soutenir et vient chercher nos bottes: il les stockera jusqu'à l'automne dans ses bâtiments à vaches (qui broutent dans les prés...) Un grand merci à toi Benoît. ça soulage...
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On dit que l'agriculture c'est stressant. Je dirais que le temps des moissons l'est, oh oui sans hésiter. Tout notre blé dehors, et un orage peut saccager cela. L'entrepreneur sera-t-il libre lorsque la météo permettra la moisson? Et puis, pour nous, c'était une première. Je n'avais pas imaginé que les moissonneuses peuvent tenir droit sur des terrains à 30°... On aperçoit deux cochons qui vérifient l'avancée des travaux!! (cliquez sur la photo, ça l'agrandit!)
Bella vita. Copains comme cochons
Voilà, je vais m'arrêter là pour la série photo. Je vous propose une dernière petite vue sur un Nicolas au petit matin, avant son déjeuné (faut pas trop l'embêter!) en train de nourrir les reproducteurs. Des cages? ciel des cages. Ne vous inquiétez pas, ils n'y restent que le temps du repas, histoire pour nous de mieux gérer ce que chacun mange. Nous avons quelques gloutons, Joséphine par exemple, qui mangerait deux fois plus vite que ses voisins, et puis souffrirait de sur-poids!
Une petite pensée pour les truies de bâtiment... elles passent dans ces cages enfermées pendant des mois entier... toute la gestation, une honte.
samedi 25 août 2012
Création d'un système
Il y a trois ans exactement, alors que notre projet de reconversion professionnelle n'était qu'un projet, et que certainement, malgré notre détermination profonde, nous n'étions pas forcément crédibles lorsque nous disions à nos interlocuteurs " je veux devenir paysan et élever des cochons!", une amie a émis des doutes et se demandait quel en serait le sens, à quoi nous servirions, au fond. A l'époque, je préférais les gens qui abondaient dans mon sens! et puis je n'avais pas forcément un argumentaire bien plombé... En tout cas, elle ne pouvait pas savoir que nous ferions un parcours "sans faute" pour arriver là où nous sommes aujourd'hui. Sans-faute=bosse dur et bosse dur encore. Donc, je souhaite me retourner pour prendre le temps, je répète lentement: "prendre le temps" pour contempler ce qui a été construit, et ce qui jour après jour continue de se construire. Bon, je passe le commentaire de mon neveu, qui pour charrier sa tantine lance à la volée d'un air coquin: ooaaah, quand je pense tout ce qu'il vous reste à faire!!!
Et bien une boucle bouclée, c'est une source de bonheur immense. Et oui, c'est très bon aussi de regarder la moitié du verre plein! A savoir: nous étions fraîchement sortis du lycée agricole d'Aurillac, diplôme en poche. Une formation qui nous a appris beaucoup sur la vache, et rien sur le cochon - à l'exception d'un stage pratique de six semaines dans une ferme en Ardèche. Il a fallu tout apprendre par l'observation de nos propres cochons, sept d'abord, puis douze, puis vingt-quatre. Aujourd'hui? soixante-six!!! Après l'observation, tirer des conclusions, émettre des hypothèses, confronter nos idées auprès de personnes compétentes - autres agriculteurs sélectionnés sur la base de leur aptitude à se mettre en question, vétérinaires homéopathes, membres d'associations actifs dans le renforcement de réseaux paysans, etc... Puis, pour arriver au saucisson, nous avons appris à découper, et transformer la charcuterie. Nous ne serons bien sûr jamais charcutier. Nous n'entrerons jamais, oh jamais en compétition avec les "tâcherons". C'est quoi? j'ouvre le dico: Personne qui travaille à la tâche, qui est payée selon l'ouvrage accompli.Oups. La personne, qui est personne, sera payée en fonction du nombre. Alors qu'est-ce qu'on en déduit? Elle doit, et doit absolument travailler vite. TRES vite. Et tout le temps. Et je puis affirmer que si on n'a pas vu un tâcheron DE SES YEUX VU, on ne sait pas ce que c'est "travailler vite". Ce n'est pas racontable. Moi j'appelle ça du stakhanovisme. C'est inhumain, c'est inacceptable, c'est une honte. Mais ça se fait, partout, tous les jours, pour que nous puissions avoir nos steaks hachés pas chers. Et surtout, personne ne sait. Et puis, ces hommes sont là par choix non? S'ils ne sont pas contents, ils peuvent démissionner, ce n'est pas interdit!! Fin du cynisme. De nouveau je m'égare!
Donc, nous avons appris à découper et transformer (lentement) le cochon pour en faire un bon produit que nous comptons améliorer toujours. Soit. Mais en amont? C'est tout un système que nous mettons en place. Le système de production du cochon vif. Du cochon plein air. Et c'est précisément là que nous avons mis toute notre énergie, celle qui nous reste ces derniers mois. L'énergie qui nous reste, car nous nous essoufflons, faut quand même l'avouer, avec tout ce que nous avons mené de front, et chaque jour qui nous apporte du nouveau. Alors là moi je dis que l'éternelle nouveauté, c'est fa-ti-guant! J'en viens presque à souhaiter de la routine... Mais non, ce ne sera pas pour moi. Pour cela il fallait prendre un autre virage. Nicolas assure bien plus à ce sujet. Il prend les tâches les unes après les autres, construit, pense (ou plutôt l'inverse) et encore et encore. Moi par contre, j'ai besoin de me rassurer constamment, que ça marchera. J'ai besoin de construire les garde-fous avant de lancer la machine. J'ai besoin d'évoluer dans un cadre "déjà testé pour vous". Mais non, ça ne marche pas comme ça. Dans une ferme, on ne maîtrise pas. On agit et on voit après, puis on ajuste, et on voit après, et on ajuste et on voit après. Je suis du signe du taureau. Et bien je vous assure que le taureau n'a pas de place à la ferme! Le bélier oui. Mais pas le taureau. Il serait temps de donner des exemples peut-être...Alors ami lecteur, je m'en vais publier cette bafouille de suite, et cogiter pour raconter un brin de factuel sur notre "système". Car nous comptons bien devenir les incontournables du porc plein air. Nous affirmons qu'un jour, nous parlerons de porc plein air et illico, nous penserons sans hésiter: La Ferme du Loriot, bien entendu!
Et puis suivrons aussi quelques photos, hein? ça c'est toujours un plaisir...
Joyeuse fin d'été à tous.
dimanche 1 avril 2012
mort hygiénique, versus mort impropre: laquelle est laquelle?
Le vendredi 30 mars 2012, vers 5 h du matin, nos deux premiers porcs charcutiers sont morts à l'abattoir d'Aurillac.
Je voudrais parler de cette épreuve pour nous deux, qui les avons élevés, bien entendu avec comme objectif d'être consommés plus tard sous forme diverses de produits charcutiers. Nous nous réjouissons donc d'avoir réussi dans notre entreprise. Ils étaient beaux, ils pesaient plus de 150 kilos et donc, se démarquent du cochon standard que l'on trouve sur les étalages des magasins, en barquette ou chez le boucher. Ces derniers ne dépassent pas 120 kilos et c'est de la viande jeune, qui n'a pas maturé, qui n'est pas persillée. Mais nous nous sommes tellement habitué au standard, que finalement, nous avons oublié ce que c'est que de la viande persillée. Elle est bien meilleure mais nous ne savons plus pourquoi.
Je m'égare. Le propos du jour, c'est l'abattoir. Pas la qualité de la viande. Pourtant il y a un autre sujet sur la qualité de la viande qui joue un rôle cru-cial. Et là, je pèse fort mes mots: il s'agit du stress des cochons. Le cochon est, ma foi, très sensible. Il est même plutôt pétochard. Imaginez-vous que, si vous arrivez trop discrètement derrière eux, ils vont avoir une sacrée montée d'adrénaline. Et puis, il leur faut une petite minute pour se remettre de leur émotion! C'est pour ça que lorsque Nicolas ou moi, nous nous approchons d'eux, nous parlons, nous chantons, nous sifflons, n'importe quoi pour qu'ils sachent qu'on arrive. Alors du coup, ils se retournent vers nous et viennent nous renifler ou bouffer nos lacets de chaussure... comportement peu original pour un cochon. Le cochon a cela de commun avec nous autres humains, c'est de ne pas trop aimer les changements: source de stress important. Là, c'est pas une minute qu'il faut, mais des heures.
Le départ pour l'abattoir veut dire qu'il faut séparer l'animal de ses copains, gros stress. Il faut l'isoler dans un parc, gros stress. Il faut le faire monter de gré ou de force dans une bétaillère, gros stress, il faut le transporter une heure (et encore on a de la chance) sur la route, gros stress, il faut le sortir de la bétaillère dans un monde inconnu de béton et de métal, gros stress, et le fermer par des hommes inconnus dans un boxe avec d'autres cochons qui hurlent à côté, gros stress. Et là, l'éleveuse que je suis, elle a pleuré, pleuré, pleuré, pleuré.
J'ai suivi mes cochons jusque là. J'ai caressé mes cochons en leur parlant pour les calmer. Mais eux aussi ils pleuraient. Oui, le cochon pleure. J'ai découvert cela.
Après, nous avons dû les laisser entre les mains des employés des abattoirs.
Ces hommes, je les ai vus à l'oeuvre. Ce sont des machines. Ils travaillent dans la bonne humeur. Oui, l'ambiance est bonne. Mais leur quotidien? Un travail astreignant, et tellement peu reconnu...
Le porc est anesthésié par électronarcose. Après de longues heures d'attente car les cochons plein air sont tués après les centaines de porcs industriels, nos cochons sont amenés, de force car il n'y a pas de gré qui tienne, dans une sorte de boîte qui lui interdit tout contact avec le sol grâce à des rouleaux en V. Des tenailles électrifiées sont placées de chaque côté de la tête du cochon. Et si les choses se passent bien, il perd connaissance. Suivent la saignée, environ 4 litres de sang par cochon, l'échaudage soit un bain à 62 degrés pour faciliter l'épilation, qui consiste à virer les poils du porc. Puis il est éviscéré et coupé en deux demi-carcasses.
Un homme de l'inspection sanitaire passe ensuite pour faire les vérifications d'éventuels problèmes sanitaires, et saisir la viande "impropre".
Alors, j'ai réfléchi. J'ai beaucoup pensé à tout cela. La mise à mort. L'acte de tuer. Manger de la viande veut dire ça. J'ai pensé oh combien j'étais hypocrite, quand j'étais un humain "hors-sol" c'est à dire urbaine déconnectée du vivant, déconnectée de la terre nourricière, vivante, déconnectée du rapport à l'animal. Dans ma vie d'avant, lorsque je disais que je voudrais me recycler et faire un élevage de porc, j'ai senti un accueil très positif pour ce projet. Mes interlocuteurs, amis, famille, collègues, tous m'ont encouragée. Certains nous ont trouvés un peu, voire totalement marteau aussi! mais par contre, j'ai eu l'occasion d'observer, dans ces interactions, une sorte de soulagement, oui, du soulagement, lorsque je disais que les cochons seraient tués à l'abattoir. Oui. Et moi aussi ça me soulageait. Je ne les tuerai pas. Ouf. Il y avait la "boîte noire". Celle qu'on ne veut pas voir. Celle qu'on ignore.
Et bien, aujourd'hui, je suis très triste. Car aujourd'hui, je peux vous dire que je préfèrerais mille fois, dix mille fois même, les tuer à la ferme que de leur faire vivre les derniers 24 heures que mes deux cochons ont dû vivre. Car, si vous reprenez le paragraphe où je décris leur stress, que pensez-vous de cela:
Je suis leur éleveuse. Je viens comme d'habitude (pas de stress) pour les nourrir. Je donne à manger au cochon sélectionné un peu en retrait, pas de stress. Je prends un merlin, sorte de pistolet qui assomme et je le pose sur son crâne quand il mange. Pas de stress. Et ping. Pas de stress.
???
Signé: Véronique, éleveuse de cochons.
vendredi 9 mars 2012
Incarner l'Utopie
Aix-les-Bains, c'est loin, et nous avons des cochons à garder, mais vous? pourquoi pas y aller?
Je laisse la parole à Pierre Rabhi. C'est un Sage. Un homme de paix, et d'amour pour la Vie.
Le vingtième siècle finissant a été dominé par la connivence de la science
et de la technique au service du “Progrès”. Certes, des prouesses
considérables ont été réalisées dans divers domaines, mais qu’en est-il du
destin des humains et de celui de la planète qui les héberge ?
Dans cette épopée matérialiste, la violence de l’homme contre l’humain n’a jamais
atteint des seuils aussi désastreux, et la Création a subi des détériorations
sans précédent. La technologie au service de la destruction nous donne,
pour la première fois de notre histoire, le pouvoir de nous éradiquer totalement.
Ces constats rendent plus que jamais nécessaire et urgente une alternative globale.
Mais nous sommes de ceux qui pensent que le XXIe siècle ne pourra
ÊTRE sans tenir compte du caractère sacré de la réalité, et sans les comportements
et les organisations qui témoignent de cette évidence, car les bons
voeux, les incantations, les analyses et les constats cumulés ne suffiront pas. La
première utopie est à incarner en nous-même. Les outils et les réalisations matérielles
ne seront jamais un facteur de changement s’ils ne sont les oeuvres de
consciences libérées de ce qui les maintient dans le champ primitif et limité de
la peur et de la violence.
La crise de ce temps n’est pas due aux insuffisances matérielles. La logique, qui
nous domine, nous gère et nous digère, est habile à faire diversion en accusant
le manque de moyens. La crise est à débusquer en nous-même dans cette
sorte de noyau intime qui détermine notre vision, notre relation aux autres et à
la nature, les choix que nous faisons et les valeurs que nous servons.
Incarner l’utopie, c’est avant tout témoigner qu’un être différent est à construire.
Un être de conscience et de compassion, un être qui, avec son intelligence,
son imagination et ses mains rend hommage à la vie dont il est l’expression la
plus élaborée, la plus responsable et la plus subtile.
Pierre Rabhi
(http://www.terre-du-ciel.fr/telechargements/site_forum_incarner_utopie2012.pdf)







