dimanche 17 mai 2026

De bureau en bureau après la route

  Serbie à gauche, Roumanie à droite!

J’appréhendais pas mal le voyage qui nous mènerait en Serbie pour deux raisons : le nombre d’heures de route annoncé par viamichelin, 15 heures, et le nombre de douanes à passer : Suisse-Autriche-Allemagne-Autriche-Hongrie-Serbie. Ces craintes m’ont empêchée de dormir quelques nuits. Ajoutez à cela des semaines de préparation du grand déménagement, inutile de dire que le niveau de stress était à son comble. Ainsi, je trouvai que cela ne suffisait pas. J’y ai ajouté quelques bonnes doses de sommatisation corporelle qui ont mis à mal l’acupunture, l’homéopathie, les essences de plante qui devaient m’aider à passer le cap. Mais voilà, ça y est. Nous y sommes. Les 15 heures de trajets se sont transformées en 26 heures de voyage. Un accident grave sur l’autoroute impliquant un gros camion renversé et bouchant le trafic pendant des heures entre Budapest et Belgrade. Nous aurions pu sortir les barbecues. Puis un autre accident avec long bouchon et déviation un peu plus loin. Kaïra a été purement magnifique. Comme si elle avait tout compris. Elle s’est tenue à carreau tout le long. Nicolas conduisait, résigné, stoïque. La plus indocile, et pittoyablement rebelle, c’était bien moi. Que faire quand la colonne de camions et de voitures est à l’arrêt? Respirer profondément, chanter, pleurer éventuellement, faire ses besoins sous le 38 tonnes, manger frénétiquement des amandes et des oursons Haribo, mais ne vous énervez pas!

Quant aux douanes, nous avons pu bénéficier du soutien du «réseau serbe». Untel connaît un cousin de l’ami de notre amie serbe, qui lui connaît un cousin qui lui connaît un type qui connaît très bien les douaniers. Pas tous, mais il sait comment leur parler, que dire, comment se comporter, quand on a une voiture remplie jusqu’au plafond de multiples cartons, matelas, bouts de bois, outils divers, valises, casseroles de cuisines, + une remorque bourrée jusqu’au plafond pareil… Pas de grande valeur, mais tout ce que nous demandons-par-pitié, c’est de ne pas sortir un seul de ces objets, sinon tout s’écroule!!! Et c’était totalement salvateur. Grâce à cet homme qui nous a accompagné, j’ai pu retrouver le sommeil quelques jours avant le départ, et en effet, les douaniers ne s’intéressèrent guère à notre bardat, moyennant gnagna francs de taxes.

Nous sommes aujourd’hui accueillis chez les parents de notre amie, ceux-là même qui nous ont aidés à trouver la petite ferme que nous sommes sur le point d’acquérir. Je dis «sur le point», car en Serbie, la terre agricole est protégée, ce qui est une bonne chose en soi. Il faut donc créer une société type SàRL pour pouvoir acheter des biens agricoles, ce que nous avons fait. Nicolas, après avoir pris le titre de paysan-charcutier, puis maître-cochonnier, est devenu tout bonnement «direktor». Ça craint. Et pour créer cette société, un avocat nous a aidé. Et magnifiquement. Réactif, clair, professionnel, comprenant nos besoins alors que nous étions encore en Suisse. On nous disait : «faites attention aux avocats, il y a à boire et à manger». Nous avons eu de la chance et pourtant, c’est en m’adressant à un groupe d’expats établis en Serbie que je l’ai trouvé, via Facebook. Normalement, je n’aurais pas donné trop de confiance, mais parfois, c’est la meilleure attitude à avoir : faire confiance. Cela va nous aider encore une fois par la suite pour trouver un «comptable», une sorte d’interface serbe avec l’état pour notre toute jeune société.

La scène de la signature chez la notaire pour l’achat de la maison vaut le détour. L’avocat nous a informé que nous devrions trouver un interprête agréé Serbe-français, et trouver deux témoins parlant également les deux langues. Déjà que la lecture d’un acte notarié dans une langue comprise par tous, c’est rébarbatif: mais là, nous nous sommes trouvés avec tout ce beau monde – car oui, nous avons trouvé en quelques heures deux personnes francophones que nous connaissions à peine – avec un traducteur officiel qui n’entendait rien au français!!! donc heureusement, les témoins ont fait le boulot. Sauf que les témoins se sont mis à parler valaque avec le vendeur, une sorte de dialecte roumain, la notaire et l’avocat parlaient serbe, le traducteur ne parlait pas, et Nicolas baragouinait son mauvais anglais avec l’avocat. En guise d’excuse, la traducteur a expliqué qu’il avait 75 ans, et Nicolas avait un tampon de traducteur officiel pour authentifier l’acte. Bref, encore une scène de film comique. Grand merci, tout avait été très très bien préparé et il n’y avait pas lieu de rediscuter des détails.

Oui, ce passage par les administrations, les bureaux d’officiels, les banques etc nous font rencontrer des personnages que nous observons avec un mélange de tension (nous sommes tenus à cocher les cases pour avancer) et d’amusement. Comme cette dame au guichet de la banque postale qui regarde la tête de Nicolas et lui demande sans ambage (en serbe) «vous êtes russes?» … euh… non. La réponse est emprunte de surprise car qui s’attend à cette question lorsqu’on vient pour demander des euros? Ou bien cette femme incroyablement efficace, dans une succursale de Belgrade tenue  par un personnel exclusivement féminin. Elle a trouvé tous les tuyaux pour nous sortir d’un mauvais pas. Mais alors, quelle force de caractère! Quelle énergie dans ses dix doigts pianotants sur son clavier avec puissance, au point que nous nous sommes demandés si elle n’était pas payée pour tester la qualité des claviers… Et lorsqu’elle crochait sur un blème, elle appelait à travers la grande salle une collègue pour trouver une solution. On était bien loin du style feutré de la banque suisse: là, tout le monde savait qui nous étions et ce que nous nous aprétions à faire! 

Et cette question récurrente des personnes aux différents guichets: pourquoi venez-vous en Serbie?  Avec en arrière-plan le non-dit qui se sent au regard et au sourire de la personne: comment cela se fait-il que vous quittiez la Suisse pour notre pays alors que c’est l’inverse qui se pratique? Car des expatriés, il y en a, mais ils ont épousé un ou une serbe. Tandis que nous… Et bien, c’est un grand sujet cela. la motivation à émigrer. Je ne suis pas certaine de pouvoir répondre dignement, c’est très complexe, mais parfois, le plus simple c’est le plus juste: nous avons trouvé un joli endroit pour vivre, et nous avons ici de belles personnes qui nous ont ouvert leurs bras. 

2 commentaires:

  1. Quelle aventure !!! Ça me fait rêver. Bravo aux trois courageux ❤️

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  2. Vous êtes vraiment surprenants ! Belle aventure à vous 😘

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